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Il n’y a pas que Bay Street

Une carrière hors des grandes villes peut être synonyme de dossiers complexes, mais aussi d’ascension rapide au statut d’associé et de meilleur équilibre travail-vie personnelle.

Sandra MacKenzie in the snowy woods near Yellowknife
Sandra MacKenzie left Toronto to practice in Yellowknife, and believes smaller centres offer the best of both worlds to lawyers
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Étudiant ambitieux et travailleur pendant ses études en droit à l’Université de la Saskatchewan, Talon Regent a toujours envisagé une carrière dans une grande ville. Toutefois, un stage d’été dans un important cabinet de Calgary l’a fait changer d’avis. Il n’était guère tenté par une vie cousue de longs trajets et de semaines de travail de plus de 60 heures, avec le sentiment d’être un simple rouage dans une machine.

Il s’est donc tourné vers les possibilités d’emploi dans de petites villes. Selon ses recherches, il n’y avait que 14 avocats pour 35 000 habitants à Moose Jaw. Après un stage dans une firme locale, il y a ouvert son propre cabinet généraliste.

Talon Regent

Au début, sa stratégie de marketing consistait à envoyer des courriels à d’autres avocats de la ville pour leur proposer de prendre en charge les dossiers qu’ils n’avaient pas le temps de traiter. En l’espace de trois mois, il affichait complet.

Dix ans plus tard, en 2025, Me Regent a décidé de se joindre à Stringam Law.

« J’adore mon travail, dit-il. Je reste un petit praticien en milieu urbain, mais je peux compter sur les ressources d’un grand cabinet de l’Ouest canadien. »

Du vrai travail dès le départ

Les petites villes offrent des emplois – des emplois intéressants.

« L’une des idées reçues est que les gros dossiers sont traités dans les grandes villes et que si vous voulez vraiment vous faire un nom, c’est dans les grands centres urbains que ça se passe », explique Sharon Sabourin, qui dirige la pratique de droit pénal chez GBK Lawyers à Timmins, en Ontario.

« Rien n’est plus faux. »

Sharon Sabourin

Elle s’est attaquée à des questions liées à la Charte, à des cas de fraude grave, à des affaires de délinquants dangereux, à des audiences Gardiner pour la détermination de la peine et à bien plus encore, au service des communautés du Nord-Ouest ontarien et du tribunal itinérant du Nunavut.

« Même comme avocat débutant, vous aurez à vous occuper plus souvent de dossiers importants, car il y a plus de travail que d’avocats pour le faire, explique Me Sabourin.

« Pour qui pratique le droit pénal, il n’y a vraiment pas de meilleur endroit, d’après moi. »

Esprits brillants, vie enviable

Iain McCarvill abonde dans le même sens. Après sa maîtrise en droit à Harvard en 2019, il a jonglé avec l’idée d’entrer dans un grand cabinet de Boston. Au lieu de cela, il est retourné dans sa province natale, l’Île-du-Prince-Édouard, et s’est joint à Key Murray Law, à Summerside.

« Il n’a pas fallu longtemps avant que je me retrouve en toge de la tête aux pieds à la Cour suprême », raconte-t-il.

Aujourd’hui, il est associé et se consacre principalement au droit municipal. Parmi les avantages, citons le travail avec des collègues de premier plan – un ancien président de la Banque du Canada est juste au bout du couloir – et un barreau collégial.

« En réalité, il nous arrive souvent de travailler dans des camps opposés pour des dossiers où interviennent les mêmes avocats », précise Me McCarvill.

« Cela tend à créer un climat où l’on s’attaque de front au problème, plutôt qu’à l’avocat adverse. »

Sans oublier les avantages liés au mode de vie, notamment un trajet de trois minutes pour se rendre au travail et une place de stationnement réservée.

Le meilleur des deux mondes

Sandra MacKenzie, qui a quitté Toronto pour un emploi d’avocate associée au bureau de Lawson Lundell à Yellowknife en 2011, est d’avis que les petites villes offrent le meilleur des deux mondes. 

« On peut travailler sur des dossiers juridiques vraiment intéressants. C’est une carrière très gratifiante qui offre aussi un très bon équilibre travail-vie personnelle », dit-elle.

Aujourd’hui associée spécialisée en droit du travail et de l’emploi, en droits de la personne et en droit administratif, Me MacKenzie souligne les nombreuses possibilités d’avancement, un solide cercle d’amis et un accès « vraiment intéressant » aux activités en plein air.

« En hiver, on a une patinoire dans notre cour arrière, et en été, on peut partir en kayak directement par la porte arrière. »

Et l’argent?

Opter pour une petite ville n’apporte pas nécessairement un salaire moindre. En tant qu’avocate adjointe chez Lawson Lundell, Me MacKenzie gagnait autant qu’elle l’aurait fait à Bay Street, où elle avait effectué son stage. Son mari, également avocat, gagnait plus en travaillant pour l’aide juridique aux Territoires du Nord-Ouest que quand il travaillait dans un petit cabinet de Toronto.

Et même si le logement à Yellowknife peut être aussi cher qu’à Toronto – et l’épicerie encore plus –, ils économisent puisqu’il n’est plus question de billets pour les Maple Leafs ni de soupers au resto.

Plus au sud, les salaires sont parfois moindres dans les petites villes. Cependant, c’est aussi vrai pour le coût de la vie et les frais d’exploitation d’une entreprise. 

Les honoraires habituels pour les services juridiques dépendent du portefeuille de vos voisins... et du montant que vous vous sentez à l’aise de leur facturer. Mais, comme le souligne Me Regent, vous pouvez demander des honoraires plus élevés quand la demande dépasse l’offre.

« Vous pouvez travailler autant ou aussi peu, et gagner aussi cher ou aussi peu, que vous le souhaitez », dit-il.

« Si ça vous convient de travailler 35 heures par semaine et de toucher un salaire annuel de 150 000 $, c’est possible. Si vous préférez faire 80 heures par semaine et gagner 450 000 $ par année, c’est aussi possible. »

Les obstacles

Les petites villes ont tout de même leurs inconvénients. Si vous venez d’ailleurs, vous serez peut-être loin de vos parents et amis. Les possibilités de carrière pour les conjoints peuvent être moins nombreuses, et la vie nocturne est plus tranquille. Dans le Nord, les hivers sont longs et sombres, les pannes d’électricité fréquentes, et les audiences peuvent être annulées en raison des conditions météorologiques.

Iain McCarvill 

« Il faut faire preuve d’un peu plus de souplesse et d’adaptabilité », prévient Me MacKenzie.

Il faut aussi être bon juriste.

« Exercer le droit dans le Nord, c’est vraiment une tout autre histoire que dans le Sud, explique Me Sabourin.

« Si vous souhaitez fixer une date d’audience là où l’on ne se réunit que quatre fois par an, ne pensez même pas à demander un procès de quatre jours. L’efficacité n’est pas une option. »

Certes, on peut se spécialiser, du moins dans une certaine mesure, mais la plupart des avocats des petites villes finissent par porter plusieurs chapeaux. Cela dit, la technologie permet de surmonter certaines des limites géographiques.

« Rien n’empêche les jeunes avocats technophiles de prospérer dans une petite communauté », dit Me Regent, qui utilise des outils virtuels pour servir des clients dans toute la Saskatchewan.

Faire changer les choses

Me McCarvill ne regrette pas d’avoir renoncé aux possibilités des grandes villes. En parcourant en auto sa région de la côte Est, il se rappelle sans cesse les dossiers auxquels il a participé, qu’il s’agisse d’un rond-point tout neuf ou des maisons qu’il a aidé ses voisins à acheter.

« Si votre objectif est de changer les choses de manière très concrète, efficace et immédiate, alors travailler dans une petite ville est idéal », dit-il.