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Cultivons la confiance ensemble

Loreley Chekay, nouvelle présidente de l’ABC, a hâte de nouer des alliances au-delà de l’organisation et de la communauté juridique en rattachant les priorités à la vie quotidienne des Canadiens

Loreley Chekay
National Membres

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ABC National : Vous prenez les rênes à un moment où le sol s’est dérobé sous des choses que les Canadiens tenaient pour acquises, comme la sécurité, les partenariats commerciaux et l’idée que, lorsqu’un juge rend une décision, la politique reste à l’écart. Dans ce contexte, quel est, selon vous, l’enjeu le plus pressant auquel la profession est confrontée en ce moment?

Loreley Chekay : Je ne regarde pas seulement la profession, mais l’ordre juridique dans son ensemble. L’un des plus grands défis, c’est l’infrastructure. Nous devons nous assurer d’avoir une infrastructure solide, ce qui comprend les processus, pour préserver l’indépendance de la magistrature et de la profession juridique et pour doter le système de ressources suffisantes. Je ne parle pas seulement des cours de justice, mais aussi des tribunaux administratifs et de tous les acteurs du milieu judiciaire. Une infrastructure solide garantit aussi l’accès au système de justice et renforce son assise fondamentale, c’est-à-dire la primauté du droit.

Nous devons rester attentifs à tout ce qui se passe dans le monde et au Canada. Mais si le système est doté de ressources et structuré de façon efficace et efficiente, il devrait pouvoir s’adapter à ces changements au besoin.

Nous devons veiller à protéger les Canadiens, leurs droits et leurs points de vue, ici comme ailleurs. Nous devons collaborer avec toutes nos parties prenantes, car, au bout du compte, nous voulons tous une communauté juridique unie et centrée sur les valeurs fondamentales que sont l’indépendance, l’accessibilité et la primauté du droit.

N : Cela suppose-t-il notamment de faire reconnaître le système de justice comme une infrastructure publique essentielle qui mérite qu’on y investisse?

LC : Certainement. Quand on pense aux assises de la démocratie, on pense à la primauté du droit. Or, la primauté du droit ne peut pas jouer son juste rôle si l’infrastructure qui lui est essentielle n’est pas en place, c’est-à-dire un système juridique efficace et fonctionnel.

Quand les gens pensent au système juridique, ils oublient parfois toutes les composantes qu’il renferme. Il n’est pas seulement question de droit criminel ou de droit de l’immigration. Ce système touche chaque personne au Canada à un moment ou à un autre de sa vie, qu’elle achète une maison, qu’elle soit partie à un litige, qu’elle règle la succession d’un proche décédé ou qu’elle demande des prestations à un gouvernement ou à un organisme. Ce sont tous des contextes juridiques au sens large. Il est donc essentiel d’avoir en place les structures nécessaires pour traiter toutes ces questions, au même titre que les infrastructures en matière de logement et d’énergie. Pour moi, il s’agit d’entretenir un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes et de collaborer pour déterminer comment faire progresser l’ensemble de ces infrastructures essentielles et veiller à ce que les assises soient en place dans chaque domaine, afin que les Canadiens soient en sécurité, qu’ils continuent de se développer et de croître, et qu’ils soient les gens formidables qu’ils sont.

Ce n’est pas qu’une question d’argent. Voulons-nous plus d’argent? Bien sûr que oui. Tout le monde veut plus d’argent. Mais l’argent règle-t-il tout? Je n’en suis pas si sûre. Les données constituent un autre besoin important. Il y a une lacune criante à cet égard, et la combler pourrait nous aider à distinguer ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas dans le système. Nous pourrions nous en servir pour rendre les tribunaux plus efficaces et éliminer les arriérés, pour améliorer l’accès à la justice et renforcer la confiance envers le système de justice. Comme nous le savons tous, les décisions éclairées par les données sont les meilleures et donnent les meilleurs résultats. Mais comme pour tout le reste, cela demande du temps et des ressources humaines.

N : Certains tribunaux au pays se montrent réticents à communiquer des données. Que faire par rapport à cela?

LC : Je crois qu’il y a parfois une réticence à communiquer l’information parce qu’elle est jugée insuffisante, que sa qualité laisse à désirer ou qu’elle manque de validité statistique.

Cela dit, l’un des axes de travail de l’ABC au fil des ans, y compris pour ma prédécesseure, Bianca Kratt, consiste à entretenir un dialogue ouvert avec de nombreux organismes et associations du milieu judiciaire sur la façon dont nous pouvons les appuyer, dont ils peuvent nous appuyer et dont nous pouvons collaborer pour améliorer le système de justice. Il ne s’agit pas de se congratuler, mais bien de discuter des véritables défis et enjeux auxquels nous faisons face et d’échanger des renseignements dans le but commun de doter l’infrastructure de nos systèmes juridiques des ressources nécessaires.

Nous avons tous des parcours et des expériences variés, et c’est ce qui rend ces échanges si précieux. Ils permettent de rassembler tous ces points de vue afin d’en dégager une position commune contribuant à améliorer l’ordre juridique et le système de justice ainsi qu’à cerner les lacunes et les défis. Ils sont aussi l’occasion de mettre en lumière et de partager de belles réalisations, de sorte que les autres ressorts n’aient pas à réinventer la roue.

N : Le thème que vous avez choisi pour votre année à la tête de l’ABC est de cultiver la confiance ensemble. Qu’est-ce que cela signifie et à quoi cela ressemble-t-il pour vous?

LC : J’ai commencé ma carrière juridique en pratique privée. J’ai ensuite été procureure de la Couronne pendant plus de 14 ans, avant de devenir avocate en contentieux au sein d’une société d’État. Ce que j’ai appris dans tous ces rôles et au sein de l’ABC, c’est que ce sont les relations de confiance qui permettent de faire avancer les choses. Si nous respectons notre parole, les gens sont ouverts au dialogue, à la collaboration et à l’échange d’information. Pour moi, c’est essentiel à tout changement, à toute réussite.

Nous ne pouvons pas toujours être tous d’accord sur tout, mais c’est cela, la démocratie. Ce que nous pouvons faire, c’est tenir un dialogue respectueux, transparent, courtois et éthique pour tenter de trouver une voie menant à des réussites ou à des possibilités d’amélioration.

N : Quel rôle l’ABC joue-t-elle selon vous dans cette perspective globale d’établissement de la confiance et de collaboration?

LC : Quand je pense à l’ABC, la première chose qui me vient à l’esprit, ce sont toutes les amitiés et les liens que j’ai noués au fil des ans. Il y a un groupe de cinq ou six femmes que j’ai connues à l’époque où j’étais une jeune juriste, et nous nous parlons encore régulièrement, même si nous exerçons toutes dans des provinces et des domaines du droit différents. Certaines sont universitaires, d’autres sont juges, d’autres encore sont praticiennes. Mais quelque chose dans l’ABC nous a rapprochées. Nous tenions à redonner non seulement à notre communauté juridique, mais aussi à la collectivité au sens large.

L’ABC peut vraiment contribuer à créer cette relations initiale et fondamentale avec une autre personne qui partage les valeurs d’une communauté juridique unie. Comme membres, il se peut que vous ne soyez pas toujours d’accord avec les autres sur tout, mais vous appuyez généralement les piliers d’un système de justice indépendant : la primauté du droit et un système juridique bien doté en ressources. L’ABC offre aux gens la possibilité de donner aussi peu ou autant qu’ils le peuvent pour continuer de bâtir sur ces valeurs.

Les gens veulent un avenir meilleur, non seulement pour la profession juridique, mais pour toute la population canadienne. L’ABC donne aux gens l’occasion de se rassembler pour s’entraider, tant sur le plan professionnel que personnel, et de mettre en lumière des enjeux comme la santé mentale et le mieux-être. C’est ce qui fait sa force.

Elle apporte une valeur considérable aux échanges, parce que nous nous efforçons vraiment d’adopter une approche et un point de vue équilibrés. Nous arrivons à la table après avoir fait nos recherches, et non pour parler à l’improviste. Nous faisons tout notre possible pour solliciter l’avis de nos membres, dont les profils sont variés, et pour intégrer ce large éventail de points de vue. C’est ce qui nous aide à maintenir et à accroître notre réputation de voix forte, juste et intègre.

N : L’an dernier, avant d’accéder au poste de vice-présidente, vous vous décriviez comme une meneuse de claque de l’ABC. Considérez-vous toujours que cela fait partie de votre rôle?

LC : Si vous êtes membre de l’ABC, vous y avez adhéré pour une raison. Vous devriez être fier de cette raison et la faire connaître. Je suis devenue membre pendant mes études en droit, et je ne crois pas que ma pratique, ma vie ou mon expérience auraient été les mêmes sans cette organisation. 

À l’aube de cette année à la présidence, je suis immensément honorée de cette occasion, car peu de juristes l’obtiennent. C’est un privilège d’occuper ce poste, alors oui, absolument, je devrais être la meneuse de claque numéro un de l’ABC. Il n’y a rien de faux ni de malhonnête à dire cela. Je ne serais pas la personne que je suis sans l’ABC.

N : Qu’attendez-vous avec le plus d’impatience au cours de l’année à venir?

LC : J’ai hâte de parler au plus grand nombre de membres possible. Je n’ai pas souvent l’occasion de parler à des gens de l’extérieur de la Saskatchewan, vu la nature de ma pratique. Et nous sommes une petite province. Mais à titre de présidente, j’ai le privilège d’assister à de nombreux événements qui me permettent d’échanger avec des membres et de rapporter ce que j’entends au CA afin d’évaluer si l’organisation peut offrir plus de soutien, de possibilités ou de formation. C’est une occasion de recueillir des données. Même si cette collecte n’a rien de scientifique, les données obtenues sont porteuses d’une humanité, de points de vue authentiques.

Ce sera une occasion extraordinaire d’en apprendre beaucoup et, je l’espère, de mettre certaines choses en application.

N : À la fin de votre mandat, à quoi ressemblera la réussite pour vous?

LC : Sur le plan personnel, je pense avoir déjà goûté à la réussite. Occuper ce poste est en soi une réussite, mais encore davantage un privilège. Du point de vue de l’organisation, ce sera d’avoir eu la chance de m’asseoir à une table avec des homologues fédéraux et provinciaux pour agir sur le changement au profit de la société canadienne et du système juridique canadien, que ce soit à petite ou à grande échelle.

Malheureusement, comme nous le savons tous, les organisations, les infrastructures et les gouvernements ne travaillent généralement pas très vite, mais ils en sont capables. Et un an, c’est suffisant pour voir des progrès. Donc, pour moi, la réussite consiste à avoir des conversations et à voir les choses bouger dans la bonne direction.

*Cette entrevue a été révisée et condensée par souci de concision

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